Va et viens perpétuelle dans ma tête sans changement

samedi 24 avril 2010

Exercice littéraire

La diva des viandes

Pour commencer, il y a eu les cubes de boeuf, mais ça n'a pas duré longtemps, ensuite il y a eu le rôti de côtes, mais je ne l'ai vu que quelques minutes, par la suite le jarret m'a côtoyé il ne m'a même pas dit un mot, c'était un désastre et maintenant un bifteck, je vais craquer!

Comment ce boucher ose-t-il ruiner mes chances de quitter ce présentoir à viande merdique, moi qui ne suis qu'une mince et fragile escalope de veau de grain. Depuis plus d'une journée que cet énorme, non, je devrais plutôt dire gigantesque morceau de chair animale m'intimide. Son rouge ensanglanté, me jette des regards méprisants depuis plus de vingt-quatre heures. De plus les nombreux filaments de gras qui parsèment le muscle et qui finissent par le découper en plusieurs formes différentes sont toutes aussi intéressantes les unes que les autres aux yeux d'un bon cuisiner et si on regarde attentivement on peut voir que de l'autre côté de l'os le persillage finit par former un coeur. Moi n'étant qu'une mince tranche, je gèle sous le climatiseur de l'étalage tandis que, lui, mastodonte de la viande, il dégage encore la chaleur de l'animal duquel il est venu. Quand je pense à tout ce que l'humain qui viendra le chercher pourra faire avec lui, l'assaisonner avec amour, et le faire cuire pour que sa chair rouge disparaisse pour finir par brunir à l'extérieur tandis que l'intérieur sera rosé, tendre et succulent. De plus, il a tellement plus à offrir que moi, si je pense à son os que le clébard d'une famille passera des heures et des heures à mâchouiller et à lécher, en plus de toutes les odeurs qui émaneront du barbecue quand le père de cette même famille le fera cuire sur le feu ardent! Ah! je ne suis qu'une mince couche d'un pauvre veau et je n'atteindrai jamais le brun d'une cuisson bien cuite, je resterai toujours rose pâle quasiment blanc! Malgré que je fournisse moins de gras et de calories que lui je sens qu'il est encore meilleur que moi, avec toutes les protéines qu'il donne à l'humain, ainsi que certaines vitamines. Il finit par me rendre totalement jaloux de lui!

Ah! Regardez les tous maintenant salivez devant ce bifteck, je n'en reviens même pas ils sont tous là, salaud! Je vous maudits tous humains que vous êtes, vous êtes tous immobiles devant ce morceau de boeuf, tel un jeune adolescent devant une femme nue, je n'en peux plus! Mais un instant! L'assistante du boucher me prend de ses jolis doigts gantés et elle me met sur un plateau. Mon dieu! Je quitte ce monde cruel, victoire à la mince escalope de veau que je suis, la finesse et la minceur sont encore en vogue, même chez les viandes!